
J’attendais ce séjour de deux semaines au Pérou avec impatience. C’est en effet la première fois que je mettais les pieds en Amérique du Sud. Accompagné d’un ami français, Xavier, j’arrivais donc l’esprit gonflé à bloc dans la fameuse Vallée Sacrée des Incas, imaginant de mystérieuses cités perchées sur des cîmes inaccessibles….
En fait, première surprise : si Cuzco et sa région ne se situent généralement pas en-dessous des 3,000 m d’altitude, on a rarement l’impression d’être très haut. Le paysage se compose de montagnes aux formes plutôt arrondies, faisant penser aux montagnes moyennes des Alpes, voire même parfois à la Provence.
Deuxième surprise : les ruines incas restent généralement assez décevantes. La première fois, ces grands murs composés de grosses pierres parfaitement agencées sans l’aide de ciment impressionnent, évidemment. Mais les sites se ressemblent tous et à la longue, à moins d’être connaisseur, cela devient assez répétitif. Il faut dire aussi que les Conquistadores espagnols se sont ingéniés à détruire ce qu’ils pouvaient et à cacher les restes en tant que fondations d’églises ou de maisons…
Je mettrais néanmoins à part le Machu Picchu. Le site est considéré comme l’une des 7 nouvelles merveilles du monde et honnêtement, le titre n’est pas volé. Il vaut à lui seul le voyage au Pérou. C’est assez difficile d’expliquer ce que l’on ressent là-bas. C’est presque spirituel. Le mieux, c’est d’y aller vous-même, mais surtout allez-y avant 9h du matin. Après, le site se remplit de touristes et perd un peu de sa magie.
Les Péruviens que nous avons rencontrés, quoique polis, se sont montrés généralement assez fermés. On reste des Gringos, après tout! Imaginez un peu le capitaine Haddock dans le Temple du Soleil. A chacune de ses questions, il se voit répondre un “No sé” poli, mais ferme. Cela n’empêche pas de faire des rencontres extraordinaires dès lors que l’on prend le temps pour les manouevres d’approche. A cet égard, je tiens à saluer le talent indéniable de Xavier. Il fallait le voir discuter de tout et de rien, dans un espagnol impeccable mâtiné de quechua. Un sens du contact incroyable avec tout le monde, petits ou grands, citadins ou paysans. Un vrai Antoine de Maximy en puissance (le présentateur-réalisateur de l’émission “Si j’allais dormir chez vous”)! Merci Xavier pour ces deux semaines passées sur les routes incas, cela fait plaisir de bourlinguer avec quelqu’un qui a la même conception du voyage que soi!
Dans la Vallée Sacrée, lieu hyper touristique s’il en est, le mot “Gringo” semble accroché sur le front du touriste occidental. Sollicitations et arnaques diverses sont au rendez-vous, attention. Même le vol pur et simple. Le plus grand voleur étant sans doute l’Etat péruvien lui-même : il fait payer l’accès en train (seul accès possible) au Machu Picchu 67 euros pour les étrangers… contre 2 euros seulement aux Péruviens.
En parlant de l’Etat péruvien, les journaux et le monde politique se passionnaient pour une prétendue affaire d’espionnage menée par le gouvernement chilien au Pérou. C’était un manège incessant à la télé d’hommes politiques brandissant des menaces diverses. Comme si le Pérou avait des secrets militaires à cacher. Une vaste escroquerie, sans doute destinée à détourner le peuple d’autres préoccupations. Escroquerie orchestrée par le président Alan Garcia, dont on ne saurait dire, en le regardant à la télé, s’il s’agit du chef d’Etat en exercice ou du chef de la pègre locale. Remarquez, il ne faut pas se plaindre, pour une fois que les Péruviens élisent un “Indigeno” et non un Espagnol… ou bien même un Japonais, comme l’ancien président Fujimori, issu de l’importante minorité nippone. D’ailleurs, il dort actuellement en prison pour corruption, mais ne vous inquiétez pas : sa fille Keiko se présente aux prochaines élections pour le faire libérer.
L’espagnol se parle très distinctement au Pérou, plus qu’en Espagne je dirais! Mais les Péruviens utilisent des mots qu’on n’emploierait jamais en Espagne. Par exemple, “cancelar su boleto” ne veut pas dire “annuler son bolet”, mais “payer son ticket”. Un “chifa” est un restaurant chinois, et il y en a partout, même dans les endroits les plus reculés, bien qu’ils soient rarement tenus par des Chinois eux-mêmes.
Je terminerais en parlant de deux villes, mes deux meilleures surprises au Pérou sans doute. Ayacucho, d’abord. C’est une ville située totalement en dehors des circuits touristiques (on ne sent presque pas Gringo là-bas, c’est dire!). La raison tient au fait que c’est l’ancienne ville-repère du Sentier Lumineux, mouvement maoïste des années 80 qui prétendait amener la révolution en massacrant la population locale. Cela a eu au moins pour effet de préserver Ayacucho du tourisme de masse… au moins pour l’instant.
Et puis, Lima surtout! C’est une ville magnifique, d’autant que je ne m’y attendais pas. Les Espagnols en avaient fait leur capitale de fait en Amérique du Sud, et cela se voit, avec toutes ses maisons aux balcons à la sévillane. Les églises sont magnifiques et il y en a partout. De plus, s’est développé un quartier moderne (Miraflores), avec restaurants, cafés et animations à faire le bonheur de tout touriste occidental fatigué par deux semaines passées sur les (mauvaises) routes du pays. Un voyage au Pérou ne peut se concevoir sans passer par Lima!
Prochain article : le Chili!
Signé : Señor Gringo
































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