Publié par : gaudan75 | mai 31, 2010

Tibet

  

  

 

 

 

  

   

Même si la province du Tibet (que les Chinois appellent “occidental”) fait partie intégrante de la République populaire, vous savez sans doute que l’accès y est strictement réglementé pour les étrangers : un permis doit être obtenu auprès des autorités administratives.

Cette condition s’accompagne généralement de mesures plus ou moins dissuasives qui fluctuent chaque mois, au gré de l’humeur des autorités chinoises (voire des agences de voyage, seules autorisées à servir d’intermédiaire). En tous cas, aucune de ces agences ne prendra le risque de vous donner le fameux document sans lui adjoindre un itinéraire programmé d’avance, dont le guide sera le garant de vos faits et gestes…

Inutile de préciser que le coût unitaire affiché est prohibitif. Tout semble fait pour limiter la présence d’électrons libres au sein de la population tibétaine…

Mon impression se confirma bien vite à la gare de Xining, point de départ de la fameuse ligne de chemin de fer qui relie Lhasa en 24 heures, en passant par le plus haut point ferroviaire au monde (5,200 m). A peine m’étais-je mis dans l’impressionnante file d’attente (composée uniquement de Tibétains) que deux policiers me prièrent de les accompagner « gentiment » vers un guichet isolé, après avoir constaté avec mécontentement que je possédais le fameux permis. Leur « consigne » était que j’achète un billet en première classe, sans doute pour éviter tout contact éventuel avec des Tibétains, dont la très grande majorité n’a guère les moyens de s’acheter ce qui doit représenter au moins la moitié de leur salaire mensuel… Je n’aurais su quoi faire si la gentille guichetière chinoise ne m’avait pas glissé un mot écrit en anglais m’offrant très discrètement une place en seconde !

Toujours est-il que je n’avais que quatre jours à passer sur place. Evidemment pas assez pour me faire une opinion sur ce pays qui provoque tant de débats à l’étranger. Mais suffisamment pour avoir un premier aperçu. Autant dire que je m’étais préparé à rester les yeux et les oreilles grand ouverts pour emmagasiner le maximum d’impressions.

De la théorie à la pratique, je réussis à résister au sommeil alors que notre train trace lentement sa route sur le Toit du Monde. Première surprise : le Tibet, c’est très plat… et très peu enneigé pour un mois de mars. Vastes pâturages dénudés, beiges comme l’herbe en hiver, des troupeaux de yaks qui regardent passer le train, quelques collines rappelant la Mongolie, laissant en arrière-plan des montagnes dont seule la cîme semble devoir supporter la neige, quelques majestueux cours d’eau totalement pris par les glaces. Quelques villages aux maisons basses, loin de tout, reliés par un ruban d’asphalte qui se perd entre les collines. Malgré sa simplicité, l’ensemble reste magnifique. Comme quoi, le dénuement est souvent la plus belle des parures. L’émotion vient enfin : je suis au Tibet!

Mes voisins de compartiment me regardent parfois, nullement surpris de trouver un Occidental parmi eux. Très prévenants, ils m’offrent tout ce que leur sac peut contenir de snacks chinois, et n’oublient pas de me montrer un masque à oxygène dont chaque siège est équipé, comme dans les avions. Une Chinoise à ma gauche, manquant de défaillir, plaque en effet le sien immédiatement sur sa bouche. On est à 5,000 mètres, tout de même!

A peine arrivé à la (futuriste) gare de Lhasa, je me fais sans surprise intercepter par deux policiers chinois très courtois qui, après s’être assurés que je possédais le fameux permis, me conduisent avec le sourire vers mon guide attitré. Je pensais tomber sur un Chinois : eh bien non, c’est un Tibétain! Dans un anglais assez approximatif, il me fait comprendre que je tombe bien mal : en plein 51ème anniversaire de l’invasion chinoise! Il ne cache pas que cela va compliquer mon court séjour…

Je n’attendais pas forcément grand-chose d’un pays dans lequel l’atmosphère surnaturelle décrite par les explorateurs s’est vite dissoute dans cinquante ans de maoïsme. Même la ferveur bouddhiste exemplaire des habitants ne vous touche pas vraiment, alors que le Potala et bien d’autres monastères ressembleraient à d’étranges coquilles vides sans eux… Et inversement, la présence incontournable de soldats armés jusqu’aux dents dans chaque rue et à chaque check-point ne provoque en vous aucun sentiment d’aversion particulier.

C’est ça, le Tibet : un endroit devenu neutre. Mais dans lequel on se sent étrangement bien. Un peu comme chez soi, finalement.

Quant à Lhasa… Au premier abord, la ville ne vous laisse pas une impression désagréable. Les larges avenues flanquées d’immeubles modernes et rutilants n’ont rien de comparable avec les cités grises et industrielles laissées par les maoïstes dans leur propre pays. Sans vouloir faire de provocation, je crois que Lhasa est la plus belle ville chinoise que j’ai visitée.

Il faut se rendre à l’évidence. L’intérêt du Tibet ne réside plus dans ses villes, ni encore moins dans ses monastères, mais dans d’autres endroits plus inattendus : les restaurants ou halls d’hôtel. Une fois débarrassé de votre guide (tout à fait disposé à vous laisser tranquille, du moment que vous lui donnez des gages de bonne conduite !), c’est là qu’il faut aller.

C’est là que vous pourrez goûter à l’extraordinaire gentillesse de tout un peuple. Chinois ou Tibétains, il ne faudra pas dix minutes pour que l’on vienne vous aborder, verre à la main. Malgré la barrière de la langue, une vraie connivence s’installera. En sortant, vous voulez demander votre chemin ? Il y aura toujours un Chinois pour venir vous expliquer en mauvais anglais ce que le patron mettra un point d’honneur à vous expliquer… en mauvais chinois.   

C’est là aussi que vous verrez ce qui semble inimaginable à un Occidental : des militaires chinois copiner avec des civils tibétains, refaisant le monde dans des éclats de rires sous le portrait souriant du dernier Panchen Lama (second personnage politique du Tibet, après le Dalaï-Lama, qui par contre fait l’objet d’un véritable tabou).

Qu’en penser ? Ce n’est pas en quatre jours que vous allez vous faire une opinion sur la réalité d’un pays qui provoque autant de passions politiques à l’étranger.

Finalement, c’est au moment où vous allez franchir la frontière népalaise que vous comprendrez : au Tibet, il ne faut pas réfléchir, mais regarder. Au détour d’un col couvert de drapeaux à prière se dévoile un spectacle unique au monde, que le Tibet garde jalousement éloigné des guides touristiques : dix des quinze plus hauts sommets du monde alignés comme au garde-à-vous, immobiles pour l’éternité afin de mieux vous ramener à votre propre impermanence… L’émotion est d’autant plus forte que vous ne vous y attendiez pas.

Le Tibet ne fait-il pas partie de ces amis qui au moment des adieux, vous offrent ce qu’ils ont de meilleur ?

Publié par : gaudan75 | avril 8, 2010

Chine

Shanghai, quartier du Bund… A la vue de ces batiments neo-classiques somme toute bien ordinaires, comment imaginer que le gouvernement chinois considere l’ancienne concession britannique comme l’un des plus beaux fleurons de son patrimoine national?  Avec soulagement, vous vous rappelez que Shanghai n’existait pas encore il y a 200 ans. Certainement rien a voir avec la Chine eternelle.

En effet, comment ne pas esperer en prendre plein la vue dans un pays qui reste la seule civilisation antique encore bien vivante de nos jours, a la difference de l’Egypte, de Rome ou de la Grece?

J’ai toujours admire la Chine , non pas tant pour le raffinement de sa culture traditionnelle, mais surtout pour cette sorte de “magie” qui a donne pendant des siecles une longueur d’avance a ce pays. L’art chinois atteignait deja des sommets bien avant que les Maitres de la Renaissance n’exercent le leur. Pour certains, la Chine a tout invente jusqu’a la Revolution industrielle : examens administratifs, papier, poudre a canon… A Xi’an, on a decouvert des armes vieilles de deux mille ans presque intactes. Elles ont pu traverser les siecles grace a une formule anti-corrosive qui n’a ete reinventee par les Americains qu’au 20eme siecle! A cette epoque, Obelix taillait encore maladroitement ses menhirs et les civilisations pre-colombiennes n’avaient pas encore invente la roue (ah, pardon, elles ne l’ont jamais inventee…).

Loin des immeubles du Bund, vous vous enfoncez donc au coeur de la Chine, avec le ferme espoir de voir ce que vous allez voir.

Or… rien. Si, des palais, des pagodes ou des jardins anciens, mais pour la plupart reconstitues et sans cette “magie” qui vous faisait rever, en France. Pour le reste, des immeubles hideux et bien souvent delabres. Les magnifiques celadons et autres porcelaines que vous pouvez admirer dans les musees provinciaux constituent une bien maigre consolation…

Aussi curieux que cela puisse paraitre pour un Europeen, il semble bien que les Chinois n’aient pas le gout de la vieille pierre. Au fil des siecles, les empereurs n’hesitaient pas a detruire, reconstruire, copier ou deplacer tel palais ou telle pagode pour donner ”un petit coup de jeune” aux villes. A tel point qu’il est bien difficile a l’heure actuelle de trouver un batiment anterieur au Bund!

Le paysage urbain actuel n’est que le resultat de cette tradition bien ancree, malheureusement deformee par la politique de la “table rase” typiquement communiste. Dans ces cites sovietiques qui essaient parfois de se donner des airs de Time Square, Marco-Polo aurait certainement bien du mal a se rappeler en quoi les villes chinoises etaient les plus belles au monde. Le pauvre, il doit s’en retourner dans sa tombe…

Afin de ne pas oublier definitivement leur passe glorieux,  les trois anciennes capitales des dynasties Tang et Song (Xi’an, Luoyang et Kaifeng) ont cree des parcs a theme pour reconstituer l’ambiance de l’epoque. Un peu comme si Versailles faisait appel a Disneyland pour reconstruire le chateau dans lequel un Roi-Soleil paraderait tous les jours a 17 heures devant des touristes en short…

C’est dans l’un de ces parcs que s’est evanoui definitivement mon espoir de Chine eternelle…

Cela a sans doute ete un mal pour un bien. Desormais debarrassee de son miroir deformant, la Chine m’est apparue sous son aspect moderne : un pays ou tout fonctionne tres bien et un peuple passionnant.

Au premier abord, le comportement des Chinois peut vous sembler un peu deroutant. Ignorant les regles hygieniques les plus elementaires, ils crachent partout ou bien eternuent devant vous sans se proteger la bouche. Inutile de dire que dans les trains, constamment bondes comme le metro aux heures de pointe, le voyage promet d’etre long… Mais peu a peu, on se fait a cette promiscuite tres peu habituelle pour un Europeen. Un visage se deride. Les regards se croisent. Une ebauche de conversation s’elabore, vite tarie par la pauvrete de votre chinois et de l’anglais de votre interlocuteur…

 Malgre la barriere de la langue, je garderais de mes trop breves rencontres un souvenir inoubliable : une famille de Kaifeng qui m’accueille a dejeuner comme le fils de la famille, un chauffeur de taxi ou un vendeur de rue qui me quittent les larmes aux yeux d’avoir pu discuter avec un etranger, peut-etre pour la premiere fois…

Loin des cliches que l’on a parfois en Europe, renforces par la morgue et la suffisance affichees par les dirigeants actuels, les Chinois vous abordent toujours de maniere tres simple et chaleureuse, surtout dans les milieux populaires et des lors que l’on s’eloigne des endroits touristiques…

La Chine prouve bien que le voyage est un preliminaire indispensable si l’on souhaite reellement decouvrir un pays, loin des livres ou des idees preconcues.  Au cours de ce sejour, j’ai non seulement appris a oublier le concept de “Chine eternelle”, mais j’ai compris egalement que ce pays n’etait pas cette sorte de monstre froid pret a devorer le monde que les media occidentaux presentent quelquefois (“quand la Chine s’eveillera”).

Je ne saurais pas vraiment definir la Chine. L’une des economies les plus puissantes au monde, mais encore incapable de donner un avenir a plus de 900 millions de ses habitants? Une dictature qui verrouille toute possibilite de contestation, alors qu’il est evident qu’elle se ferait peblisciter dans l’eventualite d’elections libres, sans meme recourir a la propagande? Le pays a enfin trouve une stabilite politique et economique apres deux siecles d’errements et de guerres civiles. Ce n’est pas que les conflits internes entre anciens seigneurs de la guerre aient disparu, mais ils sont desormais canalises au sein de l’appareil d’Etat. Et les dirigeants actuels, a l’image de leurs collegues vietnamiens,  se sont finalement resolus a appliquer les recettes du plus pur capitalisme sauvage pour pouvoir aligner d’annee en annee les taux de croissance a deux chiffres necessaires a cette stabilite.

Ne vous laissez pas abuser par ce que l’on dit sur la Chine a l’etranger. Ne croyez pas non plus trouver des certitudes a vos a-priori s’il vous arrive un jour d’allumer un poste de television a Pekin ou a Shanghai (emissions glorifiant le passe imperial et la periode maoiste, absence totale de chaines etrangeres, emissions pour enfants d’un patriotisme douteux et interviews plutot “naives” des hommes politiques). Beaucoup de choses sont permises en Chine, du moment que vous ne vous opposez pas ouvertement au pouvoir en place. Vous avez notamment le droit de visiter librement le pays (a part le Tibet). Profitez-en pour vous faire votre propre opinion!

Publié par : gaudan75 | mars 13, 2010

Vietnam (Hanoi)

 

A l’origine, je souhaitais que mon tour du monde se resume simplement par le mot decouverte. Sauf Hanoi, qui constituera l’unique exception a ce principe.

J’y etais en effet deja alle il y a cinq ans pour le mariage de mes amis Thu Hanh et Nghia. Depuis, Thu Hanh, ancienne collegue de travail, est partie retourner vivre dans son pays avec son mari.

Les revoir a ete un veritable plaisir. Pour ceux d’entre vous qui ont fait le voyage il y a cinq ans, rassurez-vous  : la qualite de leur hospitalite ne s’est pas erodee avec le temps! Et j’adresse egalement un merci tout special a la maman de Thu Hanh pour m’avoir heberge. Merci aussi aux parents de Nghia pour le nombre de repas que j’ai passes chez eux (je ne les compte meme plus!).

Un tel accueil est d’autant plus meritoire que je debarquais en plein Fete du Tet (le Nouvel An vietnamien, calcule sur la base du calendrier lunaire).

Pour un Francais, la principale particularite de cette fete reside dans le fait qu’elle se deroule sur la longueur, au contraire de nos celebrations generalement centrees sur une journee. Au-dela de l’aspect traditionnel ou rituel, le Tet est non seulement une fete familiale, mais egalement l’occasion de revoir ses parents lointains ou bien de faire la tournee de toutes ses relations. Comme il est impossible de voir tout le monde en meme temps, le premier jour du Tet constitue le point de depart d’un veritable “marathon gastronomique”, midi et soir, pour quelques jours et parfois sur toute la semaine qui suit.

Cette celebration a surtout ete pour moi l’occasion d’apprecier les qualites d’ouverture des Vietnamiens. Non seulement il n’y a rien d’anormal a ce que vous vous joigniez a un repas de facon inopinee (au Vietnam, la notion d’invitation est relative : tout ami de passage est le bienvenu!), mais en plus vous pouvez commencer la soiree entoure d’inconnus pour terminer la nuit dans un bar du vieux Hanoi dont vous ignoriez meme l’existence en tant que touriste.

S’il est tout a fait courant d’aller voir vos amis sans prevenir au Vietnam, reflechissez-y par contre a deux fois le jour de l’an. Selon la tradition, la premiere personne qui franchira votre seuil donnera le “ton” a l’annee qui debute. Si vous etes du genre a porter la poisse, un conseil : profitez bien de votre repas de reveillon puis restez tranquillement chez vous pendant au moins vingt-quatre heures!

D’un point de vue economique et social, Hanoi est une ville qui a beaucoup evolue en cinq ans. Si j’ai reconnu sans trop de difficultes les quartiers que j’avais frequentes, j’ai par contre ete frappe par le “coup de jeune” pris par la capitale vietnamienne : les magasins modernes ont transforme le centre-ville et les voitures sont bien plus nombreuses dans les rues. Dans la peripherie, les gratte-ciel et autres immeubles modernes poussent comme des champignons. Il existe meme des projets tendant a faire d’Hanoi la plus grande ville du monde, ce qui est somme toute assez curieux puisque la ville ne dipose meme pas d’une seule ligne de metro!

Si Hanoi met peut-etre “la charrue avant les boeufs”, il n’en reste pas moins que le Vietnam a trouve la bonne formule apres des decennies de guerre. Le pays aligne d’annee en annee des taux de croissance a deux chiffres et mes discussions avec la maman de Thu Hanh m’ont permis de me rendre compte a quel point le niveau de vie des Vietnamiens avait augmente ces vingt dernieres annees. Imaginez qu’au debut des annees 80, l’incapacite des gens au pouvoir obligeait le Vietnam a importer du riz!

Dans cet environnement favorable, le Parti Communiste vietnamien peut se permettre de feter tranquillement ses 80 ans d’existence en exhibant fierement drapeaux rouges et images de propagande dans la capitale. N’imaginez pas cependant qu’il profite d’une dynamique positive, reposant d’ailleurs ironiquement sur une formule qui tient bien plus du capitalisme sauvage que des bons vieux principes marxistes. Ho Chi Minh joue en effet un role important dans la certaine popularite du parti au pouvoir. Alors qu’en France, on a tendance a le ranger au cote des dictateurs perimes du 20eme siecle comme Staline ou Mao (est-ce de la rancoeur?), au Vietnam on le considere sincerement comme le heros de la liberation nationale. Un peu comme le general De Gaulle chez nous, qui inspire le respect quelle que soit sa tendance politique. Les Vietnamiens considerent qu’Ho Chi Minh est l’un des rares dirigeants politiques de l’histoire a avoir resiste victorieusement a deux empires de taille mondiale (les Etats-Unis et la France). Il est de bonne… guerre que les dirigeants actuels profitent de son aura.

Apres ce (trop) court sejour a Hanoi, j’entame le plus gros periple de mon voyage : la Chine.

Publié par : gaudan75 | février 27, 2010

Japon

J’ai decouvert au Japon un metier que je ne connaissais pas. On pourrait appeler ca “avertisseur de chute de neige”. C’est dans les parcs publics que vous trouverez ces employes, specialement affectes a la securite des passants qui auraient l’”imprudence” se s’approcher des arbres croulant sous la neige!

Apres quelques jours sur le sol nippon, le sentiment qui vous envahit est tres particulier : celui que rien ne peut vous arriver. Le sens du service est tellement developpe que vous ne pouvez imaginer un cas de figure dans lequel vous ne seriez pas pris en charge de A jusqu’a Z. Si par exemple vous demandez votre chemin dans la rue, non seulement votre interlocuteur se mettra en quatre pour vous aider (meme s’il y a de fortes chances qu’il parle tres mal l’anglais), mais encore il n’est pas impossible qu’il vous accompagne jusqu’a votre destination afin que vous ne vous perdiez pas a nouveau!

D’ailleurs, le pays inspire la securite au point de pouvoir paraitre aseptise, voire “psycho-rigide”. Les gens cherchent tellement a se premunir contre tous les risques qu’ils en perdent une certaine forme de naturel. Ainsi, la moitie des Japonais se baladent dans la rue avec un masque anti-grippe, comme si l’on etait en pleine epidemie.

Si vous souhaitez parcourir le pays, vous serez alors frappes par le degre d’urbanisation des campagnes japonaises. Prenez le fameux Shinkansen (train a grande vitesse japonais) entre Tokyo et Kyoto, et vous aurez l’impression de traverser une ville sans fin. On comprend mieux que le Japon soit un pays deux fois plus peuple que la France, pour une superficie quatre fois moindre. Si vous vous attendez egalement a trouver dans les grandes villes des centres anciens tels qu’on les connait en Europe, appretez-vous a une autre surprise : il est difficile de trouver des quartiers qui respirent autre chose que l’architecture banale des annees 60-70. Il faut dire que la Seconde Guerre Mondiale n’a pas contribue a preserver l’urbanisation des siecles passes… Par exemple, Tokyo a ete rasee a 60% par les bombardements americains. Mais meme une ville comme Kyoto, pourtant epargnee par les armees alliees et internationalement reconnue comme la perle culturelle de
l’archipel, reflete la pauvrete architecturale de l’apres-guerre.

Vous aurez alors tres certainement envie de sortir des sentiers battus pour decouvrir davantage ce pays surprenant. En tant que “ganjin” ne parlant pas la langue, il n’y a pas trente-six moyens. A mes yeux, le meilleur consistait a tester ce qui fait peut-etre l’originalite principale du Japon : ses differents moyens d’hebergement.

Pour commencer, les ryokans. Ce sont des auberges traditionnelles, tres appreciees des Japonais, qui cherchent a preserver le charme de la vie privee japonaise : bains chauds collectifs, port du kimono, mobilier reduit au strict minimum, murs coulissants, futons et surtout port des pantoufles obligatoire (une paire pour la chambre, une pour la salle de bains! Ne vous avisez pas de garder vos chaussures de ville une fois passee la porte de l’etablissement, sous peine de passer pour le dernier des barbares). Vous tirerez de cette experience l’impression d’un voyage dans le temps. En tous cas, l’impression que le Japon a reussi la ou l’Europe a peut-etre echoue : conserver vivante une partie de ses traditions seculaires.

Ensuite, les “capsule hotels” et les “manga kissas”. Les “capsule hotels” sont des etablissements dans lesquels les chambres sont en fait des sarcophages superposes ne comprenant qu’un lit et une mini-tele. Les “manga kissas” sont des cafes Internet presentant la particularite d’etre egalement des bibliotheques a mangas, et surtout des lieux ou vous pouvez passer la nuit dans des cabines privees.

J’ai eu la desagreable surprise dans ces etablissements d’etre par deux fois econduit sous pretexte que je n’etais pas Japonais. Et par des employes dont le comportement et le langage tranchaient singulierement avec la legendaire politesse japonaise… Meme s’il faut savoir que ce genre d’etablissement n’existe guere que dans les quartiers les moins touristiques, et que le personnel est rarement en contact avec des etrangers, il faut appeler un chat un chat : ce n’est ni plus ni moins que de la xenophobie.

Le sentiment qui vous envahit alors pourrait etre compare a un immense malaise, qui ne sera pas apaise si vous faites la visite (qui me semble obligatoire si vous passez par Tokyo) du Yasukuni Jinju. Il s’agit d’un temple shinto dedie a la memoire de tous les militaires japonais morts a la guerre depuis deux siecles. Rien de plus honorable, direz-vous, sauf que parmi les deux millions de noms officiellement recenses, il se trouve quatorze criminels de guerre de “classe A”, c’est-a-dire ayant commis pendant la Seconde Guerre Mondiale des crimes atroces dignes des plus ignobles bourreaux nazis. Le gouvernement japonais n’a jamais juge utile d’enlever de la liste ces quatorze barbares, condamnes a mort apres la defaite du pays lors d’un proces comparable a celui de Nuremberg. Pire, le premier ministre japonais vient chaque annee se prosterner ostensiblement devant le mausolee, soulevant chaque annee la reprobation officielle de la Chine, premiere
victime du Japon lors de la “Grande Guerre de l’Asie du Sud-Est”.

La visite du musee attenant vous permettra d’apprehender la version officielle du Japon sur cette sombre periode de l’histoire mondiale. C’est assez inquietant. Aucune mention des nombreuses exactions de l’armee japonaise (notamment des massacres de Nankin de decembre 1937, evenement durant lequel les militaires nippons commirent les pires actes de sauvagerie contre la population civile sans defense de cette ville chinoise, a tel point que les sources font mention de 100 a 300 000 victimes en six semaines). Par contre, on vous expliquera a force de details comment les Etats-Unis ont malicieusement manoeuvre pour que ce soit le Japon qui declare la guerre contre eux, ou bien l’importance prise par l’occupation japonaise dans l’emancipation ulterieure des pays asiatiques colonises par les puissances europeennes.

Cette vision de l’histoire assez revisionniste finit de donner a votre voyage au Japon un gout auquel vous ne vous attendiez definitivement pas… Il faut tres certainement vous plonger dans l’histoire tres particuliere du pays pour trouver un element de reponse.

En effet, jusqu’a 1945, le Japon presentait la particularite de n’avoir jamais ete envahi tout en ayant toujours subi profondement l’influence de l’etranger :

- A la fin du 13eme siecle, l’armee mongole, alors au sommet de sa puissance, faillit par deux fois envahir le pays. La premiere fois, ils plierent inexplicablement bagage alors qu’ils etaient sur le point de vaincre. La deuxieme, un immense ouragan detruisit la totalite de leur flotte, sauvant le Japon d’une defaite assuree. Selon certains, cet evenement a ancre definitivement dans les esprits japonais la certitude que leur pays etait protege des dieux. D’ailleurs, ils donnerent a cet ouragan le nom poetique de “vent divin”, qui se traduit en japonais par… “kamikaze”. Ca ne vous rappelle pas quelque chose?

- Au debut du 17eme siecle, Tokugawa Ieyasu finit de reunifier le pays divise par des siecles de guerre civile, grace notamment a une innovation introduite par les missionnaires europeens : l’arme a feu… Il devint ainsi shogun et installa pour environ deux siecles et demi un regime que l’on qualifierait aujourd’hui de totalitaire, connu sous le nom de “periode Edo”.

- En 1853, l’Amerique, desireuse de profiter des richesses japonaises, envoya quelques vaisseaux de guerre pour exiger l’ouverture du pays apres deux siecles d’isolationnisme. La facilite avec laquelle les Americains imposerent leurs conditions choqua tellement les elites japonaises que le regime s’effondra de lui-meme et que le nouvel empereur decreta l’occidentalisation acceleree du pays (“periode Meiji”). Le but de l’”eleve” japonais etant d’apprendre le maximum du “maitre” occidental pour pouvoir le depasser le plus vite possible…

- Enfin, ce n’est pas la peine de revenir sur les evenements de la premiere partie du 20e siecle pour conclure sur l’influence considerable qu’ont toujours eue les etrangers sur le pays. Tout juste apres le choc atomique d’Hiroshima et Nagasaki, le Japon a du subir pour la premiere fois de son histoire l’humiliation d’une occupation etrangere, durant laquelle ont ete elaborees toutes les institutions qui servent encore de cadre a l’archipel aujourd’hui.

Doit-on en conclure que le Japon est anime par un profond sentiment d’ambiguite vis-a-vis de l’etranger, une sorte de relation d’amour et de haine? En tous cas, je suis frappe par la propension de ce pays a adopter les acquis de l’etranger, pour les ameliorer et les integrer a sa propre culture. La gastronomie, d’origine chinoise, est un bon exemple. Et puis, je crois que le Japon est un pays ambigu en lui-meme. C’est un pays d’un raffinement culturel sans doute unique au monde, et en meme temps capable de construire des centres commerciaux grotesques en peripherie des villes. Sans parler des talk-shows japonais, sans doute parmi les plus vulgaires au monde.

En tous cas, en tant qu’etranger, il semble que ce soit le genre de pays dans lequel vous ne serez jamais vraiment integre, quoique vous fassiez… Ce qui ne vous empechera pas de passer un excellent sejour. Voici d’ailleurs quelques petits conseils qui vous permettront certainement de passer pour un “ganjin” civilise aux yeux des Japonais :

- Lorsque vous entrez dans un commerce, evitez de demander naivement au vendeur : “do you speak English?”. Baissez plutot la tete et dites : “Sorry, I don’t speak Japanese”. Dites-le comme si c’etait la honte de votre vie, et surtout n’oubliez pas la courbette de rigueur. Comme cela, le vendeur compatira a votre peine et sera d’autant plus a meme de se plier en quatre pour satisfaire votre demande, meme s’il y a de grandes chances que lui ne parle pas anglais…

- Evitez de traverser un feu au vert quand une voiture n’est pas a plus de 100 metres, meme si certains Japonais le font (mais si! mais si!). Cela vous evitera les pires injures de la part du conducteur, a moins que vous vouliez voir ce que ca donne, un Japonais hors de lui…

- Evitez de demander a un chauffeur de bus de s’arreter a 10 metres de la station pour vous prendre. Cela aura aussi le don de le mettre hors de lui (et vous par la meme occasion…). Au contraire, courez avec votre gros sac sur le dos jusqu’a la station afin que Monsieur le Chauffeur daigne s’arreter. Ca, j’aurais beau etudier la sociologie japonaise pendant 10 ans, je crois que je n’arriverais jamais a comprendre…

- Et surtout, surtout : ne rentrez jamais chez un Japonais avec vos chaussures. Non, cela, jamais, pour l’amour du Ciel!

Prochaine destination : le Vietnam!

Publié par : gaudan75 | février 6, 2010

Nouvelle-Zelande

Les cliches que les Francais ont a propos de l’Australie et de la Nouvelle-Zelande sont bien connus  : deux anciennes colonies anglaises qui jouent bien au rugby. Si l’on ajoute le fait que ce sont deux pays geographiquement si proches… a plus de 20,000 kms de chez nous, on a du mal a imaginer que leurs eventuelles differences ne soient davantage que des details.

Mais, comme je l’ai deja dit, voyager permet de briser les cliches. Je dirais meme que j’ai presque subi un choc a mon arrivee a Wellington. Climatique, d’abord. A Sydney on se sent en Floride, alors que Wellington se rapprocherait davantage de Birmingham… Par ailleurs, la Nouvelle-Zelande se distingue par de tels contrastes climatiques que les Neo-Zelandais disent eux-memes qu’il n’est pas rare d’alterner dans la meme journee chaleur estivale et froid polaire, soleil eclatant et averses torrentielles. Cela donne d’ailleurs aux paysages de l’arriere-pays une luminosite tres particuliere, qui peut rappeler celle de la Hollande.

Wellington est surtout restee tres britannique dans son architecture. Si l’on excepte le centre, relativement americanise, c’est une ville uniquement composee de petites maisons a l’anglaise, entourees d’adorables petits jardins dans lesquels predominent les bouquets de begonia. Auckland, dans une certaine mesure, possede egalement le meme paysage urbain.

Mais les differences entre Nouvelle-Zelande et Australie semblent meme atteindre le domaine culturel. Alors que Sydney a toutes les caracteristiques d’une ville “branchee”, la Nouvelle-Zelande donne l’impression d’etre restee aux annees 80… Cela se voit surtout a l’allure des femmes. Il faut dire aussi qu’il doit etre particulierement difficile de choisir sa tenue, lorsque l’on s’attend dans la meme journee a rotir sous le soleil puis a crever de froid ensuite…

Differents aussi sont les destins des deux peuples autochtones. Les Aborigenes vivent en Australie depuis des millenaires, alors que les Maoris ne sont venus que bien plus tard en Nouvelle-Zelande, puisque les premiers peuplements ne datent que de 800 ans a peine. Et paradoxalement, ils sont bien plus presents dans la societe que leurs voisins australiens : tous les panneaux officiels sont generalement sous-traduits dans leur langue et ils possedent une chaine de television a audience nationale. Surtout, ils forment une composante non negligeable de la population, tant dans les villes que dans les campagnes, et pour une fois le cliche n’est pas trompeur : ce sont generalement de vraies armoires a glace. Pas etonnant qu’ils composent l’ossature de l’equipe nationale de rugby…

Quant au relief, l’Australie se revele aussi plate que la Nouvelle-Zelande est montagneuse. Si cette difference nous est peut-etre davantage connue, on sait generalement moins que la Nouvelle-Zelande est une terre extremement volcanique et instable. Cela donne des paysages parfois lunaires, et surtout extraordinaires. A Rotorua notamment, un parc public a ete amenage parmi les etangs bouillonnants et les fumeroles qui sortent directement de terre. Magnifique.

Il y aurait sans doute encore beaucoup d’exemples prouvant que l’Australie et la Nouvelle-Zelande sont des pays qui n’ont rien a voir. Je n’en retiendrais qu’un : la faune. Si la premiere heberge sur son sol une multitude d’animaux autochtones (quoique le seul connu soit le kangourou), l’unique espece propre a la Nouvelle-Zelande est le kiwi, un oiseau que les Neo-Zealandais decrivent comme etant d’autant plus stupide qu’il ne sait pas voler…

S’il est finalement un point commun bien curieux, c’est cette etrange organisation des pouvoirs qui met a la tete de leur Etat un souverain etranger (en l’occurence la reine d’Angleterre). Jusqu’a recemment, la Nouvelle-Zelande ne possedait meme pas sa propre Cours supreme (les pourvois en cassation partaient directement a Londres!). Le Prince William, justement de passage pour son premier voyage officiel, etait venu pour son inauguration. A cette occasion, il a declare que “la famille royale anglaise serait honoree de servir le peuple neo-zelandais autant de temps qu’il sera juge utile”. C’etait une declaration tres attendue, lorsque l’on sait que l’actuel Premier Ministre, John Key, avait declare qu’il etait inevitable que la Nouvelle-Zelande devienne un jour une republique…

Pour terminer, je dois avouer que la Nouvelle-Zelande n’est pas le pays qui m’a le plus marque jusqu’a present. Certes, je n’ai pas eu l’occasion d’aller visiter l’Ile du Sud, veritable tresor naturel fait de hautes montagnes et de fjords. Mais si elle n’a pas tout a fait reussi a me convaincre, la Nouvelle-Zelande n’en reste pas moins l’une des contrees qui m’a le plus surprise par rapport a ce dont je m’attendais.

Me voici deja arrive aux deux tiers de mon periple… Cap desormais sur le Japon et l’Asie!

Publié par : gaudan75 | janvier 17, 2010

Australie

 

       Pour commencer, connaissez-vous l’origine du mot “kangourou”? Aux premiers temps de la colonisation, les Anglais, stupéfaits de découvrir ce qu’ils estimaient être un gros lapin bondissant, demandèrent aux Aborigènes le nom de l’étrange animal. Comme on leur répondit : ”kan-ga-roo! kan-ga-roo!”, ils en conclurent tout naturellement que c’était là le nom du gros marsupial. Alors qu’en langage aborigène, “kan-ga-roo” signifie simplement : ”je ne comprends pas ce que vous me dites”…’

Au premier abord, le kangourou donne l’impression d’être le seul “élément” vraiment caractéristique de l’Australie. Sydney ressemble à n’importe quelle grande ville américaine, tandis que les Australiens semblent avoir des difficultés à oublier leur passé anglais : cricket, bière et conduite à gauche. La reine d’Angleterre, présente sur toutes les pièces et tous les billets de cinq dollars, n’est-elle d’ailleurs pas chef d’Etat officiel du pays?

Pourtant, les Australiens que j’ai recontrés n’avaient pas grand chose du légendaire flegme britannique. Rigolards, ils n’hésitaient pas parfois à se lancer à la figure des plaisanteries qui auraient été prises pour des offenses en France. Alors qu’ici, elles n’étaient prétexte qu’à rire davantage et qu’à déboucher une nouvelle bouteille de bière (car une bouteille de bière se débouche en Australie, elle ne se décapsule pas… tout comme le vin). J’ai d’ailleurs trouvé des similitudes avec la manière de vivre des Espagnols et, comme pour confirmer mes propos, un Australien m’a concédé que l’Australie était sans doute le plus latin des pays anglo-saxons… 

Une autre particularité de ce pays, c’est son histoire, véritable “success story”, rarement égalée. L’Australie, connue des Européens depuis environ le 16ème siècle, ne suscitait à l’origine qu’indifférence. Personne ne voyait l’intérêt de coloniser cette immense île déserte, désertique et à peu près plate (le point culminant dépasse à peine 2000 m). Les Anglais, par l’intermédiaire du capitaine Cook, finirent par s’y coller à la fin du 18ème siècle, non par intérêt, mais surtout pour éviter que les Francais ne le fassent (il n’y avait pas grand risque pourtant…). Après s’être demandés ce qu’ils allaient bien pouvoir faire de cette île-continent stérile, ils décidèrent d’y créer une colonie pénitentiaire. Ainsi est née Sydney, dont le passé semble encore marquer la ville puisqu’un proverbe local dit : ”Melbourne is a lady and Sydney is a tramp”. Profitant du peu d’intérêt des Anglais, les Australiens finirent par gagner facilement leur indépendance, puis devinrent rapidement l’un des pays les plus riches du monde, au bénéfice de certains événements favorables (découvertes de richesses minières, affaissement économique de L’Europe après la Première Guerre Mondiale). On peut également imaginer qu’ils étaient pressés de montrer aux Anglais tout ce qu’ils valaient…

Les politiques d’immigration représentent également une grande réussite. Grecs et Italiens après 1945, puis Asiatiques à partir de 1970, se sont tous parfaitement intégrés, tant culturellement qu’économiquement, faisant de l’Australie un pays très diversifié… notamment en ce qui concerne sa cuisine.

Pays au niveau de vie exceptionnel (comme le reflètent les prix à la consommation…), l’Australie ne compte “que” 100 000 habitants vivant vraiment dans le besoin. Même si la taille des populations est différente, bien plus d’un pays développé aimerait pouvoir présenter de tels chiffres…

Ces 100 000 nécessiteux sont presque tous Aborigènes. C’est d’ailleurs là la seule ombre au tableau. Présents en Australie depuis les origines, ils ont subi exactement le même sort que les Indiens d’Amérique. Pire, récemment encore, une loi autorisait l’Etat australien à placer sans motif tout enfant aborigène dans une famille d’accueil d’origine européenne (sous le prétexte de lui donner une meilleure éducation). Les derniers Aborigènes authentiques, qui se morfondent dans des réserves, sont totalement absents du paysage urbain à Sydney, sauf quelques-uns qui jouent du didjeridoo dans la rue, pour vendre des CD. L’art aborigène occupe le quatrième sous-sol du musée des Beaux-Arts de la ville, et je pense qu’il faudra attendre encore quelques années pour qu’il remonte de quelques étages… Mais le vent commence peut-être à tourner : pour la première fois, la Cour Suprême vient de donner raison à un Aborigène dans un procès pour spoliation. Comme le droit australien est fondé sur le précédent, les prochaines décisions de justice seront intéressantes à suivre…

Je vais terminer avec ce par quoi j’aurais sans doute dû commencer : la décontraction et le sens de l’accueil des Australiens. Car c’est sans doute cela qui fait d’eux des gens uniques au monde!

Bien au-delà du simple sens commercial, les commercants vous accueillent toujours avec simplicité et gentillesse. Il n’est pas rare de voir des usagers plaisanter avec les employés du métro (imaginez cela à Paris!), et les gens sont tellement décontractés, polis entre eux, qu’on en arrive à se demander si le pays a déjà été le théâtre de la moindre agression (alors que les journaux se plaignent pourtant de la montée de la délinquance). A se demander également si l’apprentissage du sourire et de la courtoisie font partie des matières obligatoires à l’école!

A mon sens, cela suffit en tous cas pour classer l’Australie parmi les Etats les plus civilisés au monde. C’est aussi le pays que j’ai quitté avec le plus de regrets, et sans doute celui dans lequel je me verrais le plus vivre. Dommage qu’il soit si loin de tout…

Publié par : gaudan75 | janvier 6, 2010

Bresil (Rio de Janeiro)

  

Si vous voulez aller a Rio de Janeiro, il y a deux possibilites : soit vous atterrissez directement a l’aeroport international de la ville, d’ou un taxi vous amenera, emerveille(e), vers l’un des grands hotels de la ville.

Soit vous pouvez decider d’atterrir dans une ville proche, Sao Paulo par exemple, et prendre l’autoroute qui relie les deux cites. La, le spectacle est tout autre. Apres avoir franchi un magnifique col enfoui dans la foret vierge, vous descendrez dans la vallee et surtout dans l’enfer des grandes banlieues nord de l’ancienne capitale du Bresil. De la route et sans meme s’arreter, il ne faut pas etre bien observateur pour s’apercevoir que ce n’est qu’une succession de taudis sans nom dans lesquels on se demande bien comment on peut laisser des gens vivre. Sur des kilometres et des kilometres.

Je vais etre franc : je n’ai pas pu me relever de cette premiere impression tres negative, et Rio restera pour moi une grande deception dans mon voyage.

J’ai d’abord ete decu par les Cariocas eux-memes. Je n’ai certes pas eu l’occasion de discuter vraiment avec l’un d’entre eux, mais tous ceux que j’ai rencontres (dans les commerces generalement) ne m’ont pas paru d’une grande amabilite, c’est le moins que l’on puisse dire… Et si en plus vous ne parlez pas portugais, abandonnez carrement l’idee de vous en faire des copains. Un conseil cependant : ne leur parlez surtout pas espagnol, ils detestent ca (ils preferent encore parler anglais, enfin pour ceux qui savent).

Ensuite, la ville est prodigieusement sale, a part quelques sites preserves (Copacabana, Ipanema et Botafogo). En plus de la misere, vous pouvez me croire lorsque je dis que la majorite des quartiers de Rio sont franchement glauques. Ajoutez a cela un climat lourd et humide, et vous vous demandez comment Rio va bien pouvoir etre capable d’accueillir les supporters qui viendront du monde entier pour assister a la finale de la Coupe du Monde de footbal en 2014 et aux Jeux Olympiques en 2016…

Vous me direz : oui, mais Rio, c’est la fete, c’est la samba. Certes, mais Dieu que l’energie de cette ville est molle… Parfois, vous passez devant un cafe le soir et vous avez l’impression que les clients y sont visses sur leur chaise depuis le matin. Il semble que les Cariocas ne retrouvent leur energie la nuit que pour mieux dormir le jour. Selon un Uruguayen avec qui j’avais sympathise auparavant, c’est d’ailleurs ce qui fait la difference entre les Paulistas (habitants de Sao Paulo) et les Cariocas. Sao Paulo partage le meme gout pour la fete que sa grande concurrente Rio, mais ses habitants sont egalement reputes pour etre de grands travailleurs. Ce n’est donc sans doute pas un hasard si Sao Paulo prospere (meme si la ville connait egalement de grands problemes de pauvrete), tandis que Rio vegete avec ses plus grandes favelas au monde…

Un mot sur l’architecture. L’urbanisme moderne bresilien a ete tres influence par Oscar Niemeyer, grand architecte communiste visiblement tres inspire par les grands blocs en beton que l’on pouvait trouver en Union sovietique. Le Rio moderne, c’est donc tres souvent des grands immeubles sans ame qui vieillissent d’autant plus mal qu’ils ne doivent pas etre tres souvent entretenus, meme dans des quartiers aises comme Botafogo. Un bon exemple d’architecture moderne a Rio, c’est le “Sambodromo”, sorte de stade a la grecque qui accueille chaque annee le fameux Carnaval. Ce n’est en fait qu’un bloc de beton miteux coince entre deux favelas glauques…

Le Rio ancien, c’est souvent de tres beaux hotels particuliers de style portugais, mais qui n’ont jamais ete ravales pour la plupart, et dont certains ne sont meme plus que des ruines.

Neanmoins, je serais injuste si je ne parlais pas des quelques endroits qui font que Rio merite tout de meme sa reputation :

- Les plages (Copacabana et Ipanema) : la premiere fois que vous arrivez a Copacabana, vous ne pouvez pas manquer d’etre decu (comme toujours a Rio!). Apres tout, ce n’est qu’une plage, pas plus grande que celle de La Baule. Mais si vous prenez le temps de flaner un peu, vous commencez par vous laisser gagner par le paysage avoisinant, melange d’immeubles balneaires, de collines verdoyantes et de petites iles perdues. Le paysage est d’ailleurs beaucoup plus beau a Ipanema, et c’est sans doute pour cela que les locaux la preferent a Copacabana, qui est pourtant mondialement connue. Surtout, les plages sont tres bien amenagees : vous pouvez y jouer au foot ou au volley sur des terrains clairement delimites, tandis que vos copains sont en train de siroter une caipirinha dans l’un des nombreux bars en plein air.

Copacabana est reputee pour attirer les plus jolies filles du Bresil, mais je n’y ai surtout vu que des dames d’un certain age qui avaient l’air de courir desesperement derriere leur jeunesse perdue… Il faut aussi dire que les deux fois ou je suis alle a Copacabana, il s’est mis a pleuvoir a torrent… Les belles avaient du rester bien au chaud dans les samba bars de la ville!

- Le Pain de Sucre : c’est tout simplement pour moi l’endroit qui sauve Rio. Les Cariocas pourront continuer a etre desagreables et la ville crouler sous la misere et la salete, tant que le Pain de Sucre ne s’effondrera pas, Rio restera l’un des endroits les plus magiques au monde. Deja, ce curieux promontoire oblong est a lui seul une curiosite. Autant de loin, il ne ressemble a rien, autant de face, lorsque vous l’observez de la colline qui le jouxte, vous ne pouvez pas manquer d’etre subjugues par cet enorme ballon de rugby, tellement en decalage avec la topographie des lieux que vous vous demandez s’il ne s’agit pas d’un meteorite geant qui est venu se planter la, droit comme un “i”. C’est un spectacle saisissant et meme impressionnant, encore plus que le Rocher de Gibraltar, qui arrive pourtant a vous faire frissonner, la nuit…

Le paysage qui vous attend en haut du Pain de Sucre est franchement l’un des plus beaux que l’on puisse imaginer au monde. Vous avez en face de vous Rio, sa baie et ses collines, dans un melange tellement harmonieux que l’on dirait qu’il a ete volontairement dose. Cela merite 19/20, et je n’accorde pas le 20 simplement parce qu’il manque un sommet de 5,000 metres en arriere-plan qui acheverait de faire de l’endroit le plus beau theatre naturel de l’univers.

Malgre cela, vous aurez compris que j’ai quitte l’Amerique latine sur une legere fausse note… Place maintenant a l’Australie!

Publié par : gaudan75 | décembre 24, 2009

Argentine

  

  

Avant mon depart, j’avais beaucoup entendu parler sur l’Argentine et surtout les Argentins. Notamment lors de mon sejour a Madrid en 2008. j’avais bien compris que les Espagnols en avaient une image assez arretee : grandes gueules, toujours a vouloir affirmer leur identite au point d’avoir une langue presque consideree comme etrangere…

Il faut dire que l Argentine presente bien des particularites parmi les anciennes colonies hispaniques :

- Tout d’abord, c’est la patrie du plus grand liberateur du continent : San Martin. En France, on ne connait que Bolivar, mais  c’est pour San Martin que les Sud-Americains ont une tendresse particuliere. Cela se comprend : apres avoir brillamment libere l’Equateur, le Perou, le Chili et l’Argentine, il a refuse les honneurs en preferant l’exil en France, ou il est mort (a Boulogne-sur-Mer). Un vrai heros romantique.

- Ensuite, c est le seul pays d’Amerique Latine dont la population est presque exclusivement d’origine europeenne. A Buenos Aires, on ne rencontre pas les “Mestizos” (metis) et encore moins les “Indigenos” que l’on voit dans les autres pays voisins. Par contre, il n’est pas rare de tomber sur des gens qui ont visiblement des origines nordiques ou germaniques. A cet egard, Diego Maradona, “mestizo” le plus celebre d’Argentine, fait figure d’exception (dans tous les sens du terme!)

- Enfin, il s’agit de la seule colonie a avoir ete un moment de l’histoire plus riche que l’ancien colonisateur. Au debut du siecle dernier, profitant notamment de la premiere guerre mondiale. l’Argentine, devenue principal exportateur agricole du Vieux Continent, faisait partie des pays les plus riches du monde. Au meme moment, l’economie espagnole faisait peine a voir…

La reminiscence de cet ancien Age d’Or marque encore beaucoup les esprits argentins. Car depuis, le pays n’a connu que la decadence : coups d’etat, regimes militaires sanglants, crise financiere sans fin…

Qu’allais-je trouver? Le pays marque par la violence, qui a rechute dans le Tiers-Monde apres en etre sorti, tel que le presentent les media etrangers? Ou bien simplement un pays nostalgique de son passe glorieux?

L’avantage de voyager, c ‘est que cela fait voler les idees preconcues…

Buenos-Aires presente par endroits des aspects de capitale europeenne. Parfois, c’etait voulu : l’avenue principale reliant le Congres au Palais presidentiel a ete construite sur le modele de l’avenue Haussmann, a Paris. Il est tres curieux de prendre un cafe la-bas : a 10,000 kms de chez soi, on a l’impression de n’etre jamais parti. De facon generale, les Portenos (habitants de Buenos Aires) ont clairement un certain style. Un peu comme les Parisiens?

Mais ce qui m’a le plus marque a Buenos Aires, c’est l’energie depensee par les Meres de la Place de Mai. Les connaissez-vous? Comme je le disais, l’Argentine des annees 70 a connu un regime militaire tres sanglant qui n’hesitait pas a faire “disparaitre” ses opposants politiques par milliers. Comme beaucoup de pays, a commencer par certains voisins immediats de l’Argentine. La seule difference, c’est que les opposants politiques de l’epoque etaient de jeunes universitaires idealistes, souvent d’extreme-gauche, aussi inoffensifs que des mouches. 30,000 au moins ont ainsi “disparu”, c est a dire arretes par la police sans avoir jamais redonne signe de vie.

A la chute du regime, au debut des annees 80, plusieurs meres de ces disparus, refusant d’en rester la, se sont rassemblees dans une association afin de demander des comptes a l’Etat argentin. Elles ont choisi un moyen d’action pacifique : defiler devant le palais presidentiel tous les jeudis a 15h30. Depuis 30 ans, jamais le rendez-vous n’a ete annule.

J’ai eu le privilege d’assister a l’un de ces defiles. On y voit des meres (mais pas simplement, parfois des peres, des freres ou des soeurs) maintenant tres agees defilant en silence, avec une photo de leur fils ou fille disparue accrochee autour du cou. C est extremement emouvant. Bien-sur, aucune d’entre elles ne se fait d’illusion sur le sort qui leur a ete reserve, mais le moyen qu’elles ont trouve afin de faire leur deuil a consiste non seulement a demander sans cesse des comptes a l’Etat argentin, mais surtout a reprendre l’engagement politique de leurs enfants. Je crois que c’est unique au monde : des parents qui reprennent les idees politiques de leurs enfants! D’habitude, c’est plutot le contraire.

Encore une fois, je suis reste bien trop peu de temps a Buenos Aires pour pouvoir en apprecier tous les charmes. Voici quelques raisons pour lesquelles j’y reviendrai sans aucun doute :

- Apprendre le tango. Que cette danse est belle! Pourtant, elle a des origines assez troubles : elle est nee dans les bordels de la ville au debut du siecle dernier.

- Perfectionner mon espagnol d’Argentine. C’est vrai que c’est une langue particuliere!

- Assisiter a un match Boca Juniors – River Plate. Ce sont les deux equipes de football les plus connues de la ville, et qui se haissent par ailleurs. Boca, c’est d’ailleurs l’equipe qui a revele Diego Maradona. C’est une idole la-bas. Les Boca Juniors – River Plate, ce sont toujours des matchs passionnes (voire plus…), qui releguent nos PSG-OM a de vulgaires matchs de bienfaisance…

Prochain article : le Bresil!

Publié par : gaudan75 | décembre 13, 2009

Chili

Santiago, aéroport international Benitez. Mon chauffeur de taxi confirme les doutes que j avais. La fameuse affaire d espionnage qui secoue tant le Pérou ne suscite ici qu indifférence, amusement, voire agacement.

Il faut dire que le Chili occupe une place particulière en Amérique du Sud. C est une puissance militaire importante, respectée par ses deux grands voisins, le Brésil et l Argentine (surtout l Argentine!). Mais c est aussi une puissance qui n a pas de véritable allié dans la région. Aussi est-il facile de lui coller sur le dos l étiquette d agresseur potentiel, un peu comme l Allemagne à une certaine époque…

L économie chilienne, classée 37e au monde, est tellement florissante que pour beaucoup d experts, le Chili est le premier pays d Amérique Latine à être entré dans le cercle des pays développés. Si certains mettent en avant la réussite des choix politiques, y compris ceux du Général Pinochet (dont les Chiliens ont une opinion bien plus positive qu on ne pourrait le croire à l extérieur), beaucoup soulignent surtout la qualité de travail et la rigueur générale des Chiliens. Ce sont les Allemands de l Amérique du Sud, je vous dis…

En parlant de choix politiques, ce sont les élections présidentielles qui retiennent actuellement l attention dans le pays. A ma droite, Sebastián Piñera, président de la LAN (la plus grande compagnie aérienne sud-américaine) et de Colo-Colo (plus grand club de foot du pays). Une sorte de Berslusconi local. A ma gauche, Eduardo Frei, qui va sûrement perdre. Enfin, réponse le 13 décembre.

Ma première impression de Santiago confirme la réussite chilienne : routes en parfait état, voitures dernier cri, supermarchés ultramodernes regorgeant de produits divers et variés. Santiago se situe à trois heures d avion de Lima, mais avec un siècle d avance…

A Santiago, j ai été hébergé une semaine par Vincent, un ami de ma très chère cousine Aurélia, dont la gentillesse n a d égal que l hospitalité. J ai d ailleurs rencontré beaucoup de gens extrêmement sympathiques dans cette ville, dont Luz Maria, une amie de Xavier (encore lui!).

Si la capitale se révèle être une ville moderne et agréable, il faut avouer qu il n y a pas grand chose à voir. Le centre rappelle un peu Washington, avec ses rues perpendiculaires et ses immeubles modernes qui ne dépassent jamais 15 étages. Le Barrio Brasil, à l ouest, reste sans doute le vestige de ce à quoi pouvait ressembler la ville il y a quelques dizaines d années.

Par contre, l endroit qu il ne faut surtout pas rater lorsque l on va au Chili, c est Valparaiso! Le site est magnifique et mérite bien sa réputation. Imaginez un mélange de Montmartre et de Nice : petites ruelles escarpées, maisons biscornues mais adorables aux couleurs du sud. C est pour l instant la ville que j ai préférée en Amérique du Sud, peut-être aussi parce que c est celle qui rappelle le plus l Europe.

Je ne suis resté qu une semaine au Chili, trop peu pour découvrir les trésors bien souvent méconnus dont le pays regorge : au nord, le désert de l Atacama, au sud, la Patagonie chilienne. Et je ne parle même pas des Andes. Mais bon, il faut bien partir… pour mieux revenir!

Publié par : gaudan75 | novembre 27, 2009

Pérou

 

 

 

J’attendais ce séjour de deux semaines au Pérou avec impatience. C’est en effet la première fois que je mettais les pieds en Amérique du Sud. Accompagné d’un ami français, Xavier, j’arrivais donc l’esprit gonflé à bloc dans la fameuse Vallée Sacrée des Incas, imaginant de mystérieuses cités perchées sur des cîmes inaccessibles….

En fait, première surprise : si Cuzco et sa région ne se situent généralement pas en-dessous des 3,000 m d’altitude, on a rarement l’impression d’être très haut. Le paysage se compose de montagnes aux formes plutôt arrondies, faisant penser aux montagnes moyennes des Alpes, voire même parfois à la Provence.

Deuxième surprise : les ruines incas restent généralement assez décevantes. La première fois, ces grands murs composés de grosses pierres parfaitement agencées sans l’aide de ciment impressionnent, évidemment. Mais les sites se ressemblent tous et à la longue, à moins d’être connaisseur, cela devient assez répétitif. Il faut dire aussi que les Conquistadores espagnols se sont ingéniés à détruire ce qu’ils pouvaient et à cacher les restes en tant que fondations d’églises ou de maisons…

Je mettrais néanmoins à part le Machu Picchu. Le site est considéré comme l’une des 7 nouvelles merveilles du monde et honnêtement, le titre n’est pas volé. Il vaut à lui seul le voyage au Pérou. C’est assez difficile d’expliquer ce que l’on ressent là-bas. C’est presque spirituel. Le mieux, c’est d’y aller vous-même, mais surtout allez-y avant 9h du matin. Après, le site se remplit de touristes et perd un peu de sa magie.

Les Péruviens que nous avons rencontrés, quoique polis, se sont montrés généralement assez fermés. On reste des Gringos, après tout! Imaginez un peu le capitaine Haddock dans le Temple du Soleil. A chacune de ses questions, il se voit répondre un “No sé” poli, mais ferme. Cela n’empêche pas de faire des rencontres extraordinaires dès lors que l’on prend le temps pour les manouevres d’approche. A cet égard, je tiens à saluer le talent indéniable de Xavier. Il fallait le voir discuter de tout et de rien, dans un espagnol impeccable mâtiné de quechua. Un sens du contact incroyable avec tout le monde, petits ou grands, citadins ou paysans. Un vrai Antoine de Maximy en puissance (le présentateur-réalisateur de l’émission “Si j’allais dormir chez vous”)! Merci Xavier pour ces deux semaines passées sur les routes incas, cela fait plaisir de bourlinguer avec quelqu’un qui a la même conception du voyage que soi!

Dans la Vallée Sacrée, lieu hyper touristique s’il en est, le mot “Gringo” semble accroché sur le front du touriste occidental. Sollicitations et arnaques diverses sont au rendez-vous, attention. Même le vol pur et simple. Le plus grand voleur étant sans doute l’Etat péruvien lui-même : il fait payer l’accès en train (seul accès possible) au Machu Picchu 67 euros pour les étrangers… contre 2 euros seulement aux Péruviens.

En parlant de l’Etat péruvien, les journaux et le monde politique se passionnaient pour une prétendue affaire d’espionnage menée par le gouvernement chilien au Pérou. C’était un manège incessant à la télé d’hommes politiques brandissant des menaces diverses. Comme si le Pérou avait des secrets militaires à cacher. Une vaste escroquerie, sans doute destinée à détourner le peuple d’autres préoccupations. Escroquerie orchestrée par le président Alan Garcia, dont on ne saurait dire, en le regardant à la télé, s’il s’agit du chef d’Etat en exercice ou du chef de la pègre locale. Remarquez, il ne faut pas se plaindre, pour une fois que les Péruviens élisent un “Indigeno” et non un Espagnol… ou bien même un Japonais, comme l’ancien président Fujimori, issu de l’importante minorité nippone. D’ailleurs, il dort actuellement en prison pour corruption, mais ne vous inquiétez pas : sa fille Keiko se présente aux prochaines élections pour le faire libérer.

L’espagnol se parle très distinctement au Pérou, plus qu’en Espagne je dirais! Mais les Péruviens utilisent des mots qu’on n’emploierait jamais en Espagne. Par exemple, “cancelar su boleto” ne veut pas dire “annuler son bolet”, mais “payer son ticket”. Un “chifa” est un restaurant chinois, et il y en a partout, même dans les endroits les plus reculés, bien qu’ils soient rarement tenus par des Chinois eux-mêmes.

Je terminerais en parlant de deux villes, mes deux meilleures surprises au Pérou sans doute. Ayacucho, d’abord. C’est une ville située totalement en dehors des circuits touristiques (on ne sent presque pas Gringo là-bas, c’est dire!). La raison tient au fait que c’est l’ancienne ville-repère du Sentier Lumineux, mouvement maoïste des années 80 qui prétendait amener la révolution en massacrant la population locale. Cela a eu au moins pour effet de préserver Ayacucho du tourisme de masse… au moins pour l’instant.

Et puis, Lima surtout! C’est une ville magnifique, d’autant que je ne m’y attendais pas. Les Espagnols en avaient fait leur capitale de fait en Amérique du Sud, et cela se voit, avec toutes ses maisons aux balcons à la sévillane. Les églises sont magnifiques et il y en a partout. De plus, s’est développé un quartier moderne (Miraflores), avec restaurants, cafés et animations à faire le bonheur de tout touriste occidental fatigué par deux semaines passées sur les (mauvaises) routes du pays. Un voyage au Pérou ne peut se concevoir sans passer par Lima!

Prochain article : le Chili!

Signé : Señor Gringo

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